DO / OKOSS

illustration_Dokoss

Rencontre entre deux artistes connus pour leur écriture engagée, pointue et acérée. L’un, plus discret est le représentant de la « Re-Belle Music », l’autre, depuis peu est plus connu sous le nom de « l’Okossmos ». Ces deux lyricistes, que peu de choses éloignent nous soumettent aujourd’hui leurs pensées les plus profondes sur la musique gabonaise. Atanga Store vous invite donc à découvrir l’échange Do / Sir Okoss!

AtangaStore : Que penses-tu de l’ancienne génération?

Okoss : Beaucoup de FOND dans le rap, des causes à défendre, du RAP pour dire quelque chose.

Do : Je pense que les anciens, du moins beaucoup d’entre eux, ont beaucoup travaillé pour donner un nom au rap Gabonais. Ils se sont accrochés très tôt au vent « rapologique » qui soufflait dans le monde et ont fait que le rap gabonais naisse avant même que beaucoup de pays africains ne pense à enfanter le leur. Mais le problème se situe au niveau de la transition. Certains ont fait comme il fallait en transmettant ce qu’ils savaient aux générations qui les succédaient On a par exemple Stowell Dipakwet (j’espère avoir bien écrit son nom) qui a beaucoup fait dans ce sens. Tandis que d’autres se sont enfermés dans leurs bulles, pensant être les meilleurs chacun dans son coin. Du coup les petits en arrivant voyant que tout était hermétique, sont devenus des copies conformes des aînés (sans trop de créativité), sans être ce qu’ils étaient mais étaient ce que leurs grands voulaient qu’ils soient ou sont allés dans un sens un peu différent de ce qui pouvait être une continuité. Mais ont créé une suite sans fondement sans qu’on leur apprenne vraiment c’est quoi le hip hop, c’est quoi être hip hop. Et là je n’ai même pas parlé des anciens qui eux même ont fait de bons morceaux qu’ils pensaient être rap mais n’étaient que ce que je pourrais qualifier de « variété urbaine ». Du coup beaucoup de jeunes ont donc déduit que c’était ça le hip hop et les ont copié (mal copié en plus) on avait donc à un moment donné des fausses copies de rap erroné. Qu’à cela ne tienne beaucoup de grands méritent d’être des exemples, pour leur intégrité, leur combat, leur originalité etc… Et je remercie beaucoup de m’avoir fait confiance et d’avoir cru en ce que je fais.

AtangaStore : Que penses-tu de la nouvelle génération?

Okoss : Plus de FORME que de fond, tout pour les tendances, tout pour le buzz, heureusement qu’il y en a encore qui sont dans les normes.

Do : J’ai un peu répondu à la question dans ma première réponse. La nouvelle génération est très agile techniquement. Les gars te font des trucs de ouf vraiment. Mais le fait que les petits aient été mal sevrés, du moins que ça été fait un peu trop tôt, a désorienté beaucoup de jeunes qui pensent buzz avant de penser rap ou hip hop. Déjà c’est à se demander si ils savent même c’est quoi le hip hop. Beaucoup ont simplement, ou même pas du tout, entendu parler d’Afrika Bambataa, de Koul Herc et de Grandmaster Flash. Ignore donc que le hip hop est une culture et que comme toute culture, connaître la base, l’origine, permet de savoir sur quoi construire et comment construire quelque que chose avec cette culture là. Mais bon… On a plein de gars qui disent West coast sans savoir c’est quoi le son, le beat, la sonorité du rap de cette région des Etats Unis. La même chose pour le rap de New York, du Sud etc… Les jeunes sont donc de simples victimes de la mode. Veulent avoir le meilleur flow comme quand on a la dernière chaussure. Ils rappent trap parce que c’est ce que les radios diffusent en ce moment. Mais ne s’interroge pas sur le fait qu’un Jay Z ou Eminem qui ne sont pas forcément friands de ce genre de rap vendent bien plus que tous ces gars « des tubes du moment ». La télé, les radios ont façonné ces jeunes là, rien de plus étonnant que ce soit surtout des animateurs télé et radio qui sont des patrons de ce qu’on appelle des « Labels » ici. Mais il y a toujours des exceptions qui « infirment » la règle. Il y’a des jeunes qui me surprennent, il savent ce qu’ils font et prennent le risque de parfois faire un rap, qui ressemble vraiment à du rap selon moi mais qui ne plaît pas forcément aux radios. Y’ en a qui sont respectueux, humbles et savent demander des conseils et par dessus tout faire du bon rap, peut être même meilleur que celui que font les plus grands.

La musique gabonaise, du moins l’industrie, ou ce qui y ressemble, n’est pas libre – Do

AtangaStore : Quelle est le plus (la valeur ajoutée) de la musique gabonaise selon toi?

Do : Le plus de la musique gabonaise, c’est ce qui est peut être le plus de chaque musique propre à un pays. C’est à dire le fait qu’on ressente dans cette musique quelque chose qui a trait à la culture, à l’histoire, à la société, à la routine de ce pays. Dans notre cas de figure, de typiquement gabonais. Notre culture regorge de beaucoup d’éléments susceptibles d’être utilisés dans notre musique, et là je parle de la musique gabonaise en général pas d’un genre musical en particulier.

Okoss : Sa culture (pour ceux qui s’en servent d’une manière ou d’une autre).

AtangaStore : D’après toi, qu’est-ce qui manque à la musique gabonaise pour exploser?

Do : Ce qui manque à la musique à la musique gabonaise pour qu’elle explose c’est simplement l’indépendance. La musique gabonaise, du moins l’industrie, ou ce qui y ressemble, n’est pas libre. Il y a trop d’ingérence personnelle. Les politiques y ont plus qu’il n’en faut de droit de regard. Des gens qui pensent qu’ils ont le droit sur tout au Gabon, ont leur main mise dessus. Du coup c’est une affaire de courbettes, de relations familiales, de liens qui n’ont rien à voir avec la créativité artistique. Du coup, on ne pense plus travail, on pense relation avant tout. Certes, les relations sont importantes dans cet univers là, mais le hic survient quand elles sont au dessus du souci de bien faire son taf. Il y a beaucoup de talents au Gabon, mais des radios ne diffuseront pas certains, parce que d’aucuns ont estimé qu’ils ne devraient pas passer en radio à cause de leur engagement ou d’un quelconque heurt avec un tel qui a un certain pouvoir. Donc voilà… Et tout ça c’est un peu (pas totalement) à cause de la mauvaise politique qu’on connaît dans ce pays.

Okoss : Un véritable suivi, une consommation réelle de notre propre musique comme le font les Ghanéens et les Nigérians pour leurs musiques. Ce serait un bon début. Le reste viendra avec le temps et du travail.

AtangaStore : Quel est ton artiste gaboma préféré?

Do : J’hésite entre André Pépé Nze et Pierre Claver Akendengue.

Okoss : Depuis ma tendre enfance: Maat Le Seigneur Lion.

AtangaStore : Quel est le point fort de l’autre artiste?

Do : S’il faut parler d’Okoss, c’est un gars assez bien enraciné dans sa culture, il aime beaucoup ce qu’il fait, il aspire à de grande chose artistiquement. Il veut explorer beaucoup d’univers, ce qui veut dire qu’il n’a pas peur d’oser. À l’heure actuelle ses yeux s’ouvrent au sujet de beaucoup de choses qu’ils ne voyaient pas clairement je suppose. Et il est loin d’être bête. Je souhaite qu’il exploite beaucoup tout ça.

Okoss : Do, certainement une identité remarquable de par son flow et son maniement de la langue (via sa manière très particulière d’écrire). Je crois que Do est l’un des meilleurs lyricistes de notre génération.

AtangaStore : Quels sont les points faibles de l’autre artiste?

Do : Les points faibles ??? Je dirai qu’Okoss est rancunier. Il sait être avec les gens, mais lorsqu’il décide de montrer son dos, c’est très très difficile de faire qu’il revienne sur ses pas. Pourtant ce serait souvent bien pour lui. C’est quelqu’un de très engagé dans le fond, plus qu’on le croit et je pense qu’il ne montre pas assez ce côté là. Je pense qu’il veut exprimer quelque chose de bien différent de ce qu’on a toujours entendu de lui mais que peut être il a peur de heurter des gens proches de lui, du coup ça le ralenti. Y’a des pleins d’autres trucs, mais ce sont des choses qui se disent qu’entre grand et petit frère. (Rires)

Okoss : Il n’est malheureusement pas assez médiatisé.

Le message c’est s’assumer à fond(…)avoir de l’audace musicale est un challenge pour moi-même – Okoss

AtangaStore : En quoi ton prochain titre dominera toutes les sorties du moment?

Do : Je ne pense pas que mon titre dominera quoi que ce soit. Je ne l’ai pas écrit dans ce but. Je l’ai écrit dans le but de toucher les sensibilités des gens et la mienne aussi. Mes titres sont des défis avec moi même. Dans le sens où je me demande si je peux encore faire mieux à chaque fois. Si je peux dire ces choses là, qui sont en fait difficiles à dire pour moi, parce qu’elles viennent du cœur. Je m’explore quand j’écris. Du coup me dire que je vais écraser un tel ou un tel n’a jamais été mon but. Si mon titre est plus écouté que d’autres, que Dieu soit loué, si il est moins écouté que d’autres, que Dieu soit encore loué.

Okoss : Je viens de sortir #LeMalinDe100000 (au moment de la réception des réponses à notre interview, ndr), je me suis prêté au jeu du morceau club pour la première fois de ma carrière mais toujours avec un message de s’assumer en fond. Je suis allé dans une toute autre direction pour la promotion de ce dernier. Cette promo consistait à faire prendre des photos aux gens, frais ou pas, le but étant donc de s’assumer et de valoriser le concept via le hashtag #LeMalinDe100000. J’ai eu des retours de fou, et je crois qu’à travers plusieurs pays, le concept et l’expression ont été lancés calmement. C’était de l’audace musicale et un challenge pour moi-même.

AtangaStore : Quelle est ton actualité?

Do : En terme d’actualité, je peux dire que j’ai fini la pose et l’écriture de mon projet « Alchimie en attendant l’alchimiste » (un long titre je sais), que là je vais entrer en phase mix et tout (que ceux là qui comptent sur moi m’excuse pour le retard), j’avoue avoir ralenti à un moment mais là ça va. Donc on attend.

Okoss : Mon album #NFEFEMOT toujours en vente sur le net. La sortie de #LeMalinDe100000 téléchargeable aussi sur le net et la sortie de mon nouveau vidéo-clip #Continue qui est dispo aussi sur internet et qui passe déjà en télévisions locales. Je suis en plein taf pour plusieurs autres projets.

AtangaStore : As-tu un scoop, un congossa, une exclusivité à partager avec les lecteurs d’Atanga Store?

Do : Le scoop… ? Ah oui, Jésus revient bientôt.

Okoss : Ma terre se trouve au ciel.


 Retrouvez les dernières actualités de Do sur sa page facebook, son compte twitter et son morceau « Libreville » en téléchargement gratuit !


Retrouvez les dernières actualités d’Okoss sur sa page facebook, son compte twitter et ses morceaux disponible en téléchargement gratuit en tapant OKOSS dans la barre de recherche!

Publicités

3 réflexions sur « DO / OKOSS »

  1. Propre ! Au coeur d’l’info sur les artistes urbains hip hop !!! Merci Atanga Store ! Neanmoins, les info sont legeres , peu d’info a par ceux que nous savons via les comptes des artistes .
    Mais c’est déjà ca, et j’ose espere que avec le temps l’mag ira de l’avant et de sera plus competitif ! Salam a vous !

    J'aime

    1. Merci beaucoup ! Qu’attendez vous vous comme informations ? Qu’aimeriez vous lire? C’est avec vos remarques et vos critiques que nous irons de l’avant et que nous serons meilleurs ! Merci encore !

      J'aime

Votre commentaire ici!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s